
Présentés comme des missiles « hypersoniques » capables de déjouer toute défense, les Fattah-1 et Fattah-2 incarnent surtout une évolution progressive des capacités iraniennes. Si le Fattah-1 complique déjà l’interception sans la rendre impossible, le Fattah-2 ambitionne de franchir un cap en introduisant une incertitude permanente pour les systèmes antimissiles. Un saut technologique qui reste encore largement à démontrer sur le terrain.
Dans l’arsenal de qu’utilise l’Iran pour riposter depuis à l’opération militaire américano-israélienne Epic Fury menée depuis le 28 février, certains modèles bénéficient d’une communication renforcée. Parmi eux, il y deux missiles balistiques à moyenne portée, le Fattah-1 et sa version modernisée Fattah-2. Ces nouveautés sont présentées par Téhéran comme une réponse directe aux systèmes antimissiles occidentaux et israéliens. Ils seraient impossibles à neutraliser et de surcroit très précis et destructeurs. Mais surtout, le redoutable terme « hypersonique » est associé à leur nom.
Ce que l’on nomme communément hypersonique, apparait pour le grand public comme une menace inarrêtable. D’ailleurs, lorsque le futur porte-avions français France Libre a fait parler de lui dernièrement, de nombreux commentateurs et des politiques ont estimé qu’il est déraisonnable de miser plus de 10 milliards d’euros sur un porte-avions qui peut être anéanti par un seul missile hypersonique. Derrière les mots, la réalité est plus subtile. L’hypersonique n’est pas une nouveauté, loin de là. Par définition, il s’agit d’un engin capable d’atteindre une vitesse dépassant Mach 5. Mais depuis le début de la prolifération des missiles balistiques intercontinentaux lors de la Guerre Froide, tous sont capables de filer à cette vitesse et même bien plus vite. C’est d’ailleurs le cas du dernier missile balistique iranien Khorramshahr-4.
Ce qui différencie les fameux Fattah de ces autres missiles balistiques classiques, c’est leur capacité à aller vite et surtout de pouvoir manœuvrer en phase terminale pour rendre leur trajectoire plus difficile à prévoir et donc l’interception compliquée. Dévoilés en 2023 et 2024 comme menace « ultime », derrière cette communication leur atout repose donc moins sur la vitesse que sur la nature de leur trajectoire et leur capacité de manœuvre en phase terminale. C’est le facteur clé de la pénétration des défenses.

Le missile Fattah-1 atteint des vitesses hypersoniques avant de séparer un planeur manœuvrable (HGV) pour la phase terminale. © DR
Le Fattah-1 passe à la vitesse supérieure
Doté d’une portée d’environ 1400 km et d’une vitesse annoncée de Mach 15, le Fattah-1 est constitué d’une balistique classique dotée de deux étages. En haut du dernier, on trouve un véhicule de rentrée manœuvrable doté d’une charge explosive comprise entre 500 et 1000 kg. C’est ce qu’on appelle un hypersonique.
Lors du tir, la courbe balistique est plus aplatie que pour un missile classique lors des phases de vol. Dans la dernière, le planeur va tomber très rapidement vers sa cible. Il peut ajuster sa trajectoire en phase terminale grâce à un moteur pivotant sur un cardan pour compliquer l’interception par des systèmes défensifs Américains et Israéliens Arrow-3 ou Patriot actuels. Mais cette capacité de changement de direction de l’ogive-planante reste limitée dans le temps et dans l’espace : le missile suit globalement une trajectoire balistique prévisible avant d’effectuer des corrections tardives avant impact. Et, règle importante à retenir, pour manœuvrer, il doit réduire sa vélocité. Si ce n’est pas le cas, il perd en précision. Cette phase de vol terminale le rend donc interceptable. Ainsi, selon les analystes, dans les faits, il aurait déjà été détruit trois fois sur quatre en vol par les défenses israéliennes. Cela signifie qu’il faut lancer un nombre très conséquent d’intercepteurs pour en détruire un, mais qu’il reste neutralisable. Il n’est donc pas invincible comme prétendu. Pour les spécialistes, il s’agit davantage d’un missile « quasi-hypersonique » que d’une véritable arme hypersonique, car la manœuvre ne couvre qu’une portion réduite du vol.
Le Fattah-2 : le vrai planeur hypersonique de la guerre psychologique
De son côté, le Fattah-2 marque, en théorie, une rupture plus significative. Là encore on trouve un de missile balistique et un planeur hypersonique. Mais le carburant diffère. Pour la fusée, il s’agit de propergol solide. Mais pour le planeur les manœuvres sont réalisées à partir d’une motorisation combinant du propergol liquide avec de l’hydrazine. L’injection de ce dernier permet d’accélérer brutalement. Comme pour le Fattah-1, la trajectoire balistique est moins prononcée. Elle ressemble plus à un arc et reste suborbitale. À l’apogée, le planeur se sépare et rentre dans l’atmosphère. Dans cette phase, il réalise une manœuvre de redressement pour aplanir sa trajectoire et entamer sa phase de vol plané à grande vitesse sans propulsion. Il peut alors exécuter des manœuvres d’évitement complexes à des vitesses supérieures à Mach 15, même en haute atmosphère. Dès lors il est théoriquement très difficile à suivre pour les radars terrestres. Il en est de même pour les intercepteurs. Pour le guidage, il exploite un système de navigation inertielle en milieu de course. Il est combiné avec un autre système de ciblage optique avancé pour la phase terminale. C’est ce qui lui permet de frapper avec précision sa cible.

Interceptable dans sa phase de propulsion
Le Fattah-2 repose toujours sur un propulseur de missile balistique. De fait durant sa phase de propulsion, il reste vulnérable aux frappes si son départ est détecté. La situation est plus problématique à l’issue de l’apogée du missile, c’est-à-dire dans sa phase de descente. Les systèmes de défense antimissile actuels, tels que l’Arrow-3 ou le THAAD, sont principalement conçus pour les missiles balistiques et peuvent être mis en difficulté par la trajectoire imprévisible du planeur.
Avec une telle menace, la densité et le nombre de couches du système de défense reste essentiels. Les systèmes d’alerte précoces par satellites permettent d’identifier au plus vite le missile dès le tir et la phase d’ascension, avant même la séparationCloison de séparationLes bâtiments d’habitation neufs ou réhabilités sont soumis à la réglementation acoustique applicable en France métropolitaine (arrêté du 27/11/2012). Pour les cloisons séparatives, le cadre législat…Lire la suite du lanceur hypersonique. Ce suivi spatial est donc essentiel pour contrôler l’évolution du lanceur. Ensuite, les intercepteurs les plus véloces et très manœuvrables sont nécessaires pour engager le planeur. Enfin, l’utilisation d’armes à énergie dirigée, les fameux canons lasers pourraient faire la différence en phase terminale. Pour le moment, ils n’ont pas encore vraiment brillé pour leurs capacités de neutralisation en Israël. De leur côté les systèmes de guerre électroniques visant à perturber le guidage semblent d’une utilité très hypothétique. Sur le papier, l’interception n’est donc pas impossible, mais bien plus compliquée.
Guerre psychologique
L’Iran affirme avoir utilisé ce missile lors d’attaques contre Israël dès 2024. Des responsables de la défense israélienne ont expliqué que certains projectiles avaient été interceptés et que d’autres sont tombés loin d’une quelconque cible. Difficile de savoir s’il s’agit bien de ce missile. De même malgré la communication poussée par Téhéran sur ce missile actuellement, personne ne peut confirmer qu’un Fattah-2 ait été utilisé durant le mois de mars 2026.
Si le Fattah en version 1 reste interceptable et l’a déjà été, cette seconde mouture confère, utilisée ou non lance surtout un message politique. Car étant donnée la complexité de l’engin, ces Fattah-2 sont certainement très rares. Cela limite d’autant la capacité de l’Iran à mener des attaques de grande envergure capables de submerger les défenses les plus avancées. Mais, conscients de ses capacités potentielles, ses adversaires pourraient être amenés à engager des stratégies préventives plus agressives ou d’accélérer leurs propres programmes de défense hypersonique. Effrayés par cette ambiance de « super arme », les États du Golfe pourraient également investir massivement dans des armes modernes. Comme pour d’autres armes symboliques, l’impact psychologique devient alors important que son utilité militaire réelle.