
« Download More RAM » s’en prend aux puces de configuration des barrettes DDR4 et DDR5, qui indiquent à la carte mère la quantité de mémoire installée. En les reprogrammant par logiciel, un attaquant fait croire à l’ordinateur qu’il dispose de deux fois plus de mémoire que la réalité. Les adresses fictives se superposent alors aux adresses réelles.
Les chercheurs appellent ce phénomène l’aliasing mémoire. Il permet de lire et de modifier des zones que Windows protège habituellement même contre un utilisateur disposant des droits administrateur, via deux remparts : la sécurité basée sur la virtualisation (VBS) et l’intégrité de code appliquée par l’hyperviseur (HVCI).
Trois fabricants très présents chez les joueurs, Corsair, G.Skill et ADATA, vendent des barrettes totalement dépourvues de cette protection en écriture : ensemble, ils représentent 55 % du marché de la mémoire haute performance et plus de 70 % du segment gaming, selon l’université de Birmingham. Crucial, Kingston, HyperX et une partie de la gamme G.Skill offrent une protection partielle, suffisante pour bloquer l’’attaque.
Une fois la protection mémoire contournée, les chercheurs ont enchaîné plusieurs scénarios dans un seul script. Le plus direct coupe l’antivirus et les outils de détection et réponse (EDR). Le même accès permet aussi de réactiver des pilotes signés mais bannis pour leurs failles connues, de contourner le verrouillage de gestion des appareils en entreprise, ou de désactiver les protections anti-triche des jeux vidéo qui s’exécutent au niveau du noyau. C’est justement HVCI qui est censé bloquer automatiquement ces pilotes vulnérables une fois recensés : en rendant la mémoire menteuse sur sa propre taille, l’attaque prive Windows de ce filet de sécurité avant qu’il ne puisse agir.
Microsoft a intégré un correctif pour CVE-2026-23670 dans sa mise à jour de sécurité d’avril, plusieurs mois avant que les chercheurs ne présentent leurs travaux à USENIX. Le Secure Boot, activé par défaut sur la plupart des PC vendus depuis 2022, bloque également l’attaque. Sur les systèmes équipés de mémoire non protégée, deux outils permettent de verrouiller rétroactivement les puces de configuration : iCue, chez Corsair, et HWinfo, gratuit et compatible avec plusieurs marques. Certaines cartes mères proposent aussi, dans leur BIOS, une option pour bloquer l’écriture sur ces puces.
avec clubic